Les reliefs de l’Islam politique en Tunisie
Posté par walidoueslati le 08 mar 2012 | Dans : Non classé
Les agitations des groupuscules « salafistes » ne sont pas le produit d’un pur hasard. Il y a sans nul doute une tentative de déstabilisation de l’Etat et de la société. Après la révolution et l’organisation des premières élections libres, la Tunisie s’est engagée résolument dans la reconstruction de ses institutions fragilisées par des décennies d’autocratie. Or, le succès relatif du mouvement islamiste Ennahda a porté les graines d’une décadence, qui dans la durée peut nuire irréversiblement.
D’aucuns penseront que les « salafistes » sont différents d’Ennahda et que la doctrine de cette dernière serait soluble dans le processus démocratique. La réalité est sans nul doute assez différente car les deux mouvements appartiennent à la même famille politique, celle de l’Islam politique.
Vous remarquerez que je n’utiliserai pas le terme « islamistes » pour désigner les tenants de l’Islam politique. En toute vraisemblance, l’équivalence entre islamistes et musulmans ne doit pas laisser place à des degrés différents de se réclamer de l’Islam. Il y a seulement des musulmans.
Depuis plus de 14 siècles, l’Islam a été une religion de tolérance et d’ouverture. Du fin fond de la Chine jusqu’à l’Andalousie en passant par le monde arabe, l’Islam a embrassé plusieurs cultures. Il a toléré la cohabitation des religions. Ici et là, l’Islam a protégé les juifs, les chrétiens et bien d’autres croyances. Au sein de ses officines, la philosophie, la sciences et l’art ont connu un développement inédits. Nul ne peut ignorer les immenses contributions de la civilisation arabo-musulmane dans tant de domaines.
En même temps, les acteurs de cette civilisation ont subi, de tout temps, la brutalité et la violence de ceux qui au nom de la religion réclame le pouvoir. L’islam politique est né d’une confusion immense qui a entaché l’Islam et entravé l’épanouissement de ses sociétés. Ses partisans brassent le politique et le religieux. Tous les moyens sont bons pour prendre et garder le pouvoir. Les croyants, les bons musulmans, doivent obéir aux souverains, car cela fait partie intégrante de la foi.
Les livres d’histoire regorgent d’exemples sur les exécutions, les coups d’état, les coups bas, pratiqués par ceux-là-même, pour la prise pouvoir et la domination de la société. L’histoire témoigne aussi de leur hostilité aux lieux du savoir et toute officine d’esprits libres.
D’une époque à l’autre, l’islam politique se relooke, change d’apparat et s’accommode aux contraintes du moment. Obsédé par le pouvoir, il ne porte aucun projet novateur pour la société. Le discours est le même dans le fond, comme dans la forme : le retour aux valeurs divines.
Les tenants de l’islam politique réussissent leur entreprise dans les moments de fragilité. Ils aiment jouer les alliances, y compris étrangères, pour affaiblir leur adversaire. Ils manient l’art de la confusion et les jeux de mots pour créer une pseudo-pensée. Ils esquivent les vrais problèmes et engagent la société des débats indignes.
Leurs victimes sont les femmes, les intellectuels, les lieux du savoir et de la création. Les tenants de l’Islam politique ne sont pas des religieux. Ce sont des politiques immoraux qui se présentent en mille-feuilles. En fonction de la profondeur de la couche, leur discours prend une forme policée, qui se veut moderne. Mais, les couches de l’islam politique sont solidaires. Hypocritement solidaires.
Ce qui se passe sur les scènes tunisienne et égyptienne sont des parfaites illustrations de cette stratégie de mille-feuilles qui consiste à occuper les gens dans des confrontations futiles pour préparer une prédation bien organisée des institutions de l’Etat. Leur durabilité au pouvoir dépendra de cette étape.
Le bluff de l’islam politique est une technique ancienne, mais qui se renouvelle dangereusement.
















