L’activité de pêche maritime connaît un paradoxe profond qui handicape son développement et piège ses acteurs. La politique européenne de pêche a toujours encouragé l’investissement dans les grands chalutiers. Pour faire face à une concurrence internationale intense, la surexploitation de la ressource a dépassé largement la capacité de régénération des poissons. La raréfaction du poisson a engendré la sophistication des techniques de pêche et l’invasion de la haute mer par de grands bateaux : de véritables bâtiments industriels fortement énergivores.

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Selon les dires des pêcheurs, la politique européenne des quotas est stupide car elle est incompatible avec les techniques de pêche modernes et la situation du marché. 

La grogne des pêcheurs marins ne date pas d’aujourd’hui. Depuis la fin des années 1990, les alertes ont été mis au rouge pour signaler le dilemme de cette activité. Un dilemme que montre le croisement de deux courbes: 

- d’une part, la courbe des coûts de production qui connaît une forte augmentation accentuée par la flambée du prix du pétrole. 

- d’autre part, la raréfaction du poison engendrée  par une surexploitation des stocks. 

Le croisement de ces deux courbes rend l’activité de pêche industrielle intenable. Les remèdes occasionnels apportés à la suite de chaque manifestation (allégement des charges sociales, accroissement de la subvention du fuel,…) ne font que repousser le problème.    

L’accompagnement de la reconversion des pêcheurs s’impose. Il est illusoire de faire supporter le contribuable français, la non durabilité d’une activité économique.  Certains penseurs de notre époque recommandent le recours à la répercussion des coûts dans les prix à la consommation. Un enseignement élémentaire de micro-économique nous montre que l’augmentation des prix réduit (variablement) la demande.

Plus les prix augmentent, plus les consommateurs désertent le marché. Or, il se trouve que l’industrie de la pêche est conçue sur le modèle d’une production de masse. Le rétrécissement de la demande n’est pas compatible avec  cette organisation économique. 

Moralité, toute activité économique basée sur l’exploitation d’une ressource naturelle, ne peut être durable que si, et seulement si, son rythme de production ne dépasse pas le taux de régénération de la ressource. Si, de surcroît, l’augmentation des coûts de production n’est pas assimilable par une variation de la demande, l’activité devient, tout simplement, non viable. 

Nous vivons les premières années de l’ère post-pétrole. Certaines logiques qui ont guidé nos comportements en matière de consommation, de production et de déplacement ne sont plus compatibles avec les exigences de notre environnement.

Il fondamental de dire la vérité à certains secteurs d’activité économiques. Outre les pêcheurs marins et les transporteurs routiers,  d’autres acteurs économiques seront amenés, tôt ou tard, à convertir leurs activités.  La société peut soulager les coûts de leur conversion mais en aucun cas, elle doit perpétuer leurs secteurs.