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Après une ardente bagarre avec sa femme, Massoud a quitté le foyer conjugal. Il a emprunté le premier bus en direction de la capitale. A Tunis, il a retrouvé sans difficulté une ancienne connaissance, un compagnon de guerre. Lamine alias « sergent », un vieillard de soixante-dix ans habitant la Casba dans une maisonnette blanche aux ouvertures bleues. Ces couleurs emblématiques de la vieille ville, marquent les visiteurs et stimulent la créativité des peintres.

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Massoud a demeuré une longue période chez Lamine. L’hospitalité de ce dernier intrigue le voisinage. En les voyant partir ensemble le matin, muets, têtes baissées, les gens s’interrogent sur la nature de leur relation. Lamine est connu par son avarice. Comment peut-il tolérer la compagnie de ce pauvre vieillard? Où vont-ils chaque matin? De quoi vivent-ils?

L’histoire de ces deux hommes a commencé un jour de janvier 1945 sur le front,  dans le village de Oberschaeffolsheim sur les faubourg de Stasbourg. Lamine a appartenu au quatrième régiment de tirailleurs tunisiens qui s’est distingué par son courage tout le long de la guerre. Le parcours de Massoud a été compliqué. Après avoir appartenu à différents régiments africains, il a fini  4eRTT et a participé à la bataille du « Sidi Brahim des neiges« . 

La « Sidi Brahim des neiges » est le titre donné à l’époque par des journaux pour évoquer les combats de décembre 1944 dont l’enjeu était le sommet du col vosgien du Hohneck où la première compagnie du capitaine Lartigau s’est battue jusqu’à l’épuisement de ses forces devant un ennemi plus nombreux et fortement armé.

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A la fin de la guerre, les tirailleurs tunisiens, Lamine, Massoud et bien d’autres sont rentrés chez eux. Commence alors une nouvelle période de leur vie. Celle de la revendication de leur dignité, de leur avenir et l’indépendance de leur pays. Leur courte présence en France, les a marqué à jamais…Chacun d’eux a suivi un parcours différents. Fatigués par des années de guerre, nombreux ceux qui ont abondé progressivement la vie.

Encore jeunes, Massoud et Lamine ont continué la guerre. Leur guerre! Ils ont pris les armes et ont rejoint les Felleguas. Reclus dans les montagnes de Mellague, vivant des aides apportées par la population, ils attaquent de temps en temps les soldats français.  Ils attaquent sans remord. Au fond de chacun un sentiment étrange : comment combattre des compagnons d’armes ? Certes ils ont fait la guerre avec l’armée français. Mais cette armée ne les a jamais considéré comme les tiens. On leur a collé l’éternel label d’indigène.

A suivre…