Les éleveurs manifestent aujourd’hui contre la forte baisse du prix du lait payée au producteur (-30% en avril). Cette chute brutale traduit surtout l’atonie du marché national et une forte dégradation du marché à l’exportation mais pourquoi le consommateur ne profite pas in fine de l’ajustement des prix?

Le prix du lait lait

En amont de la chaîne, les industriels réunis au sein de deux grands pôles (Lactalis et Sodiaal) subissent une chute des commandes à l’export et une stagnation du marché national. Conséquence: ces industriels imposent des prix aujourd’hui plus faibles (car ils ont beaucoup augmenté à la même période l’année dernière) aux producteurs. Ceux-ci, dans un système de marché plus déréglementé depuis un an, doivent fatalement absorber la baisse des prix.

Problème: les baisses de prix devraient être transmises aux consommateurs. Mais il semble que la conservation des marges bride cette baisse.

La crise du lait découle d’une demande trop faible due à deux facteurs majeurs: la crise économique qui pénalise la consommation; mais également une forte hausse des prix du lait en 2007 et 2008. Face à celle-ci, les producteurs en Europe et dans le monde ont réagi en augmentant leur offre, d’où les problèmes que connaît le secteur aujourd’hui.

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Par ailleurs, même si le prix du lait payé aux producteurs est une composante majeure du prix « sortie d’usine » de la plupart des produits laitiers, les prix en magasin ne varient que dans une plus faible mesure. Dans un rapport du conseil économique et social de mars 2009 intitulé  » Les modalités de formations des prix alimentaires: du producteur au consommateur », les auteurs ont calculé pour un litre de lait de grande marque que les éleveurs encaissent une marge brute de 8% sur le prix payé au producteur, les transformateurs prennent 40% sur ce produit vendu au distributeur et ce dernier rajoute une marge équivalente au prix payé au consommateur.

Le secteur du lait est en principe  »protégé » des fluctuations du marché mondial, à l’importation et par la mise en œuvre de quotas qui règlementaient l’offre. Or, aujourd’hui, s’il y a une perception exacerbée de la crise, c’est parce que elle touche un secteur qui était davantage à l’abri que d’autres filières agricoles. Et même si les producteurs de lait se trouvent depuis longtemps dans une situation financière inconfortable, cette nouvelle baisse de revenus est un peu une nouveauté pour eux.